FORMATION CONTINUE DES PARAMEDICAUX

RESTITUTION DE L'ATELIER DE RENFORCEMENT DES CAPACITES

SUR LES FONDAMENTAUX DES SOINS INFIRMIERS

 

 

Dans le cadre de la formation  continue des paramédicaux de l'Hôpital Principal de Dakar, dénommée "MARDI HPD", un atelier d'échanges s'est tenu le mardi 27 mars 2012 dans la salle de conférence de l'établissement. Les thèmes de cette rencontre tournaient autour de la restitution de l'atelier de renforcement des capacités sur les fondamentaux des soins infirmiers qui s'était tenu à l'Hôpital Général de Grand Yoff. Trois sujets, en rapport avec le thème ont été développés, à savoir :  "La communication en soins infirmiers", "La démarche scientifique et le modèle de soins de Virginia Enderson" et "La relation d'aide".

 

 

     

 

Cette séance de  "Mardi HPD" qui constitue un des moments forts d'une série de  thèmes retenus dans le cadre de la formation continue a enregistré la présence d'un auditoire  nombreux composé essentiellement de sages-femmes et d'infirmiers d'Etat auxquels sont venus s'ajouter quelques agents du service hospitalier.  Elle entre dans le cadre du renforcement  des compétences du personnel paramédical pour une meilleure prise en charge des patients. Le modérateur en était  l'Adjudant Mamadou BA, Infirmier principal  de l'Hôpital Principal de Dakar.

 

          

 

Il revenait d'abord à Monsieur Serigne FALL, surveillant des soins à l'USIC, de faire la restitution de l'atelier précité et de s'appesantir sur la place de la communication dans les soins infirmiers.

 

A travers sa communication, Monsieur FALL, s'est évertué à citer les différents niveaux de communication, à  identifier les éléments du processus de communication , à donner les différents différents modes de transmissions des messages, à citer les obstacles pouvant entraver la communication interpersonnelle et les modes de transmissions des messages.  La communication est un processus dynamique entre un émetteur et un récepteur. Ces derniers sont influencés par leurs perceptions, valeurs, cultures et connaissances, devait-il préciser avant d'insister sur le choix de la  voie ou du langage approprié  pour faire passer le message,   le feedback qui permet l’évaluation de la compréhension du message par le récepteur et le référent.  C’est ce qui motive la personne à communiquer avec une autre.

 

Abordant les modes de communication, il mettra l'accent sur la communication verbale  pour recommander un langage avec des significations bien précises, la  simplicité, la brièveté et le style direct avec un vocabulaire et débit appropriés,  et d'éviter d’abuser des termes techniques. Pour ce qui concerne la communication non verbale, il s'est appesanti sur la transmission de message, dès lors que les gestes peuvent être plus significatifs que les mots et ajoutent un sens à ce qui est dit dans la communication verbale. Sur ce plan,  Monsieur FALL a insisté sur l’apparence physique du soignant  qui influe sur la perception qu’a le client des soins reçus.  Une apparence propre et soignée véhicule l’image d’un professionnel compétent. les expressions faciales et les gestes ont leur importance, selon le présentateur.  le regard qu’échangent deux personnes donne le ton à leur interaction, c'est pourquoi le soignant doit éviter les expressions de dégouts en prenant en charge un client.

 

La communication est indispensable et demande le développement des certains attitudes et aptitudes. Elle  est essentielle dans la satisfaction du besoin des clients. Des obstacles existent qu'il faut faut éviter : e manque de clarté et d’écoute, la généralisation, les phrase incomplètes, l'utilisation de mots dont le sens est inconnu ou  ambigu, le complexe de supériorité ou d’infériorité.

 

 

                        

 

Monsieur WALY Badara THIAM, Infirmier d'Etat au service de cardiologie devait ensuite traiter de la démarche scientifique et du modèle de soins de Virginia Henderson. L'objectif de cette présentation est de renforcer les connaissances des paramédicaux dans l’application de la démarche nursing ou démarche de soins infirmiers.

 

Monsieur THIAM a commencé par la présentation de Virginia Henderson, cette infirmière née le 30 novembre 1897 à Kansa city dans l’ état du Missouri, diplômée  Infirmière à new York en 1921 et dont la conception de la santé est de traiter une personne plutôt qu’un organe ou une maladie.   Enseignante en sciences infirmières, elle s'est illustrée dans la défense  de la promotion des infirmiers et sa conception de l’ homme : un tout avec ses 14 besoins fondamentaux dont aucun  ne peut être atteint que lorsque les besoins précédents le sont.

 

Abordant la démarche des soins, il dira qu'elle doit être méthodique et dynamique et doit reposer sur l'étude d'un fait, d'une situation ou d'un problème, aux fins de trouver une solution. L'infirmier devant intervenir selon le "ici et maintenant", une démarche a été proposée, suivant cinq étapes fondamentales.

 

La première étape consiste en la collecte des données.  Il s'agit de rechercher volontairement  tout ce qui concerne le client par l'observation, les informations sur sa famille, son dossier médical, etc. Ces  données doivent être significatives, objectives et complètes. Il faudra ensuite procéder à l'interprétation de ces données pour déterminer l'action qui permet l'indépendance du patient et classer dans un tableau toutes les actions  qui permettent ou pas la satisfaction du besoin.  Le deuxième niveau consiste en l' organisation des données de dépendance par leur regroupement, en relation directe  avec la satisfaction d’un besoin fondamental. Par exemple, les besoins d'un patient d'être propre,  de protéger ses documents, de se mouvoir et se maintenir en bonne position  dorsale avec la jambe droite en traction depuis 4 jours sont perturbés. Le diagnostic infirmier intervient au troisième niveau. L'analyse des informations  et l'identification de  la nature du problème de soins infirmiers (problème de dépendance, risque d’ escarres, etc.) détermine l'intervention de l’infirmier pour trouver des solutions.  La planification des  interventions constitue la troisième étape. L’infirmier juge et décide de ce qu’il doit faire pour aider le client. Il  prévoit  les interventions possibles  pour contribuer à la satisfaction du besoin en identifiant les priorités selon la pyramide  de MASLOW et la formulation de l’objectif qui doit être réaliste, mesurable et évaluable. L’ énoncé doit déterminer  le comportement du client et doit spécifier  les conditions de manifestation du comportement.  Il permet d’évaluer  facilement si le comportement désiré s’est manifesté.  La quatrième étape concerne les interventions infirmières qui doivent être planifiées pour obtenir le résultat attendu. Elles tiennent compte des principes, des priorités, de la répartition des tâches, de la séquence des actions et du temps alloué.  La cinquième  étape est relative à  l’ évaluation des résultats des interventions. Il s'agit de vérifier  si la démarche  entreprise  a augmenté  ou pas  l'indépendance du patient.

 

L'application de la démarche de soins nécessite des ressources  humaines qualifiées, d'où l'importance de la formation ou du recyclage des paramédicaux.

 

                        

 

 Le troisième sujet a été traité par Madame Marianne DEME, surveillante de soins au service de pédiatrie. Selon elle, pour être en mesure d’aider quelqu’un adéquatement, le soignant doit tout d’abord savoir et croire que son client, quelque soit la nature de son problème de santé, est le seul détenteur des ressources de base pour résoudre ce problème.

 

AIDER, c'est offrir des ressources complémentaires à un individu aux prises avec des problèmes. C'est assister, faciliter et non prendre la fonction de quelqu’un. La relation d'aide apparaît donc comme l'interaction particulière entre deux personnes, le soignant et le soigné ;  chacun contribuant personnellement à la recherche et à la satisfaction  d’un besoin d’aide présent chez ce dernier.  La relation d’aide se décline en trois phases.

 

La première phase dite d’orientation est caractérisée par l’accueil du client dans un climat d’ouverture, de confiance, de respect, d’authenticité. Pour Madame DEME, accueillir c'est respecter la personne telle qu’elle est physiquement dans son vécu, l'écouter en lui donnant la parole, en accueillant le silence, sans chercher à imposer des  solutions, donner à nouveau la parole, sans étouffer la personne,  reprendre prise sur son problème à partir de l’émergence d’une confiance mutuelle. Dans la phase d’orientation, la relation commence à se constituer. Soignant et soigné, d’une façon plus ou moins explicite, s’apprivoisent en exprimant leurs attentes, leurs craintes et valident leurs préjugés. C'est un moment privilégié où se  créent les liens de confiance réciproque.  Dans la phase de travail ou d’émergence des identités, les personne se connaissent de mieux en mieux, se font davantage confiance.  En résumé c’est une phase où l’agent de santé et le client tentent de trouver des réponses satisfaisantes aux besoins identifiés en facilitant l’expression du vécu de celui-ci et en utilisant, au besoin, les étapes de la démarche de soins. Dans sa phase de terminaison, la relation se déroule dans une séquence temporelle. Il importe de prévoir la fin de la relation ; l’aidant devant assumer un certain nombre de taches visant à faciliter la transition entre l’expérience privilégiée de thérapie et la vie de tous les jours.  De l'avis de la présentatrice, le soignant doit avoir certaines habiletés de base à l’établissement d’une relation positive et fructueuse entre le client et lui, notamment en ce qui concerne le regard, l'écoute attentive et le toucher thérapeutique. Madame DEME a par ailleurs, mis l'accent sur les attitudes réceptives de la relation d'aide  sans lesquelles il sera difficile, voire impossible pour les professionnels, de capter l’information que livre le client et de comprendre ce qu’elle signifie et d’y réagir. Il s'agit de la compréhension empathique, cette capacité de se placer dans le rôle et la situation d’une autre personne afin de saisir ses sentiments, points de vue, attitudes et tendances propres dans une situation donnée. Il faut aussi le respect chaleureux et l ’acceptation inconditionnelle pour reconnaitre que la personne est unique et possède la capacité de faire des choix, l'attitude d’authenticité  ou la façon de faire qu’a le professionnel de demeurer lui-même à travers la relation d’aide.

 

Les attitudes actives de la relation d'aide ont aussi été mis en exergue. Il s'agit de la spécificité qui permet d'accroître le niveau de compréhension de l'aide et de l'aidé, l'immédiateté qui permet au soignant de vivre intensément le moment de sa relation avec son aidé,  la confrontation qui consiste à comparer deux choses et en reconnaitre la différence. Le but ultime est d’amener l’aidé à un meilleur contact avec lui-même, avec ses forces , ses faiblesses et ses possibilités d’action pour qu’il puisse non seulement réduire une contradiction qu’il porte en lui, mais la dépasser.

 

Etre capable de communiquer efficacement avec les autres , c’est apprendre à voir le monde sous d'autres cadres. La relation d’aide parce qu'elle constitue un volet important de la pratique de la profession  paramédicale, devrait reprendre sa place dans la pratique pour l’amélioration de la prise en charge des patients.

 

 

                      

 

La pertinence et l'importance des sujets développés ont suscité la réaction de l'auditoire. De nombreuses questions et contributions ont fusé, qui ont eu trait à l'importance de l'écoute du malade et de son accompagnant, à l'humilité et le sens des responsabilités du soignant,  à la remise en question du soignant, au sens de l'observation,  à la perspicacité, etc. L'éthique, la déontologie et la conscience professionnelle se sont aussi invitées dans les débats. Un autre problème, indirectement influent dans la prise en charge du patient a été abordé. Il s'agit des relations parfois heurtées entre personnels soignants qui peuvent déteindre dans la qualité des soins. Tous ces problèmes ont été exorcisés pour assurer une meilleure prise en charge des patients par le personnel soignant.

 

               

 

Ce tour de table des paramédicaux a fait réagir le Docteur Assitan DEMBELE du service de psychiatrie qui s'est déjà réjouie  de la tenue de cette rencontre qui constitue un cadre d'échange et de confrontation des expériences pour les personnels paramédicaux et un lieu pour des ébauches de solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontés quotidiennement dans le cadre de leur travail.

 

          

 

En sa qualité de psychologue, Madame DEMBELE a axé son intervention dans la relation d'aide, pour essayer de clarifier certains points qui ont été développés au cours des présentations. Ainsi, parlant de la compréhension empathique, elle précisera que l'empathie diffère de la sympathie et qu'il est important d'être prudent sur la compréhension de ce concept. Elle recommande donc de ne pas prendre la prendre la place du patient, au risque de revivre la même chose que lui et de ne pouvoir lui apporter de l'aide.

 

Pour le Docteur DEMBELE, être empathique c'est pouvoir comprendre la difficulté que ressent une personne et de venir lui apporter une aide. Donc, aider quelqu'un, ce n'est pas se mettre à sa place ; c'est plutôt, l'aider à faire ressortir les ressources dont il dispose pour face à sa situation. "La personne est unique. Elle sait mieux que quiconque ce qui est bien pour elle. Elle le sait mieux que le médecin qui soigne" dira-t-elle. Il faut donc apprendre à écouter le patient, à le laisser être "le maître", a-t-elle conseillé. Sur un autre plan, Madame DEMBELE s'est étonnée de l'absence de la notion d'équipe dans les différentes présentations. Si l'infirmier, de par sa proximité avec le patient, doit savoir l'écouter , il n'en est pas forcément de même pour le médecin souvent occupé à d'autres temps. L'infirmier doit donc servir de relais entre le médecin et le patient pour mettre en exergue certains problèmes liés par exemple à son environnement familial ou professionnel et qui peuvent impacter sur sa prise en charge médicale. De son avis, l'esprit d'équipe permet aux personnels soignants de s'aider mutuellement puisque la ressource humaine de l'établissement ne permet pas de toujours pouvoir disposer d'un spécialiste pour se prononcer sur les cas et les difficultés rencontrés.

 

Poursuivant son cours magistral de psychologie, Madame DEMBELE, abordant la communication non verbale, a parlé de la congruence qui peut être un facteur de rupture de la confiance entre le patient et son soignant. Pour ce qui est des techniques de communication, elle a souligné l'importance de la reformulation qui permet d'aider le patient à dire ce qu'il doit dire. S'agissant des obstacles à la communication, elle s'est désolée de n'avoir pas eu écho de ceux liés au soignant et qui existent bel bien d'autant que le soignant est, après tout, un être humain qui a lui aussi ses contraintes. Il est donc important qu'il puisse parfois en faire part à son patient pour susciter sa compréhension, ce qui participe d'une bonne prise en charge médicale.

 

Madame DEMBELE  a enfin lancé un appel, à l'endroit des responsables de la formation, pour que des rencontres du genre soient organisées régulièrement pour mieux outiller les personnels soignants dans l'accomplissement de leur travail.